Cours du 9 septembre 2019

3 janvier 2020

Thème du cours : quel est le but de l’enseignement spirituel ?

Edgar Morin a forgé un terme pour décrire une pathologie dont souffre notre époque, l’infobésité. Une obésité de l’information, c’est-à-dire une surcharge informationnelle.

Ce flot de données, ce déluge de données, on pourrait presque dire cette marée noire de données, qui chez certains produit une sorte de mazoutage du mental. Les victimes, par exemple, de ce qu’on appelle les théories du complot sont comme des oiseaux mazoutés, englués dans cette marée noire d’informations.

L’éducation laïque d’abord, puis spirituelle ensuite, est le remède à cette pathologie de la surcharge d’informations, à l’infobésité. De l’éducation encore de l’éducation, toujours de l’éducation.

Pour extraire une donnée d’une masse d’informations, il suffit d’un automate, d’une machine, d’un moteur de recherche. Mais pour extraire d’une masse d’informations une certaine lumière, une certaine connaissance, pour ne pas dire une certaine sagesse, là il nous faut quelqu’un, il nous faut un éducateur, pour le côté laïque, ou un instructeur, pour le côté spirituel.

Tous les livres du monde toutes les archives du monde, toutes les informations du monde mises à votre disposition sur la toile, ne font jamais que vous renseigner, mais pas vous enseigner.

Pour nous renseigner on n’a besoin que d’un automate, que d’une machine. Mais pour nous enseigner, il nous faut une présence, il nous faut une parole. Une présence vivante, une parole vivante. Une présence réelle, une parole réelle. Parce que la parole c’est l’âme. La parole c’est la pensée qui jaillit de l’âme. C’est la parole qui fait naître un mouvement spirituel. C’est par la parole qu’un mouvement se maintient et se développe. C’est dans la parole qu’il tire sa vitalité. Et lorsque la parole se tait, c’est l’apoptose, c’est la fin. Etrange parole, qui parfois peut paraître obscure, parfois peut irriter, peut déranger, peut troubler. Mais elle contient une certaine note, venue d’ailleurs, que l’on reconnaît dès les premiers accents. Étrange parole qui parfois trébuche, qui parfois hésite, quoi de plus normal. Jules Roy disait : « Quand on veut parler de l’esprit, tous les mots sont comme des lions aveugles qui cherchent une source dans le désert.” Et quand on cherche à parler des choses spirituelles, il est normal qu’il y ait la recherche de quelque chose qui soit presque toujours impossible à saisir de façon satisfaisante par les mots.

Etrange parole, balbutiante, tâtonnante, hésitante parfois mais on l’écoute parce qu’on sent au dedans une force, une force qui va.

Il arrive parfois à cette parole de dire des choses approximatives ou douteuses. De faire des prévisions qui ne se réalisent jamais. Mais on l’écoute quand même parce qu’on sent au dedans cette force qui va et qui se moque des approximations et qui se rit des démentis.

Image : Edgar Morin

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